Pourquoi j'ai démissionné

by Matthieu

Dimanche 15 mars, nous apprenons que nous avons deux sièges au conseil municipal. Logiquement j'y serai donc avec Tania. Pourtant, au conseil municipal d'installation du samedi 21 mars, je ne suis pas autour de la table, mais assis dans le public. Que s'est-il passé ?

Tout d'abord, je n'ai pas démissionné, mais j'ai mis la question de ma démission sur la table. Cette question a été longuement discutée par le collectif. Il a été décidé que c'était la meilleure façon de s'organiser pour les années à venir.

Un peu de contexte

Nous avons mené une campagne positive, sans dénigrements ou attaques. L'idée était d'avoir une campagne qui ressemble à la manière dont on conçoit la vie en commun : bienveillante, à l'écoute et ensemble.

Nous avons eu le regret de voir que pour la liste de M. Lovisolo, ce n'était pas le cas. Ils n'ont eu de cesse de dénigrer notre fonctionnement collectif, indépendant des parties (je vous rappelle que nous avons commencé par une consultation des habitant⋅es, des ateliers ouverts de construction d'éléments de programme,…).

Voici par exemple, ce que dit M. Lovisolo dans un de ses tracts courant février :

« Il ne s'agit pas de transformer notre commune en un laboratoire d'une plateforme programmatique soumis au diktat d'un parti politique national ».

Et ce qu'il dit dans sa profession de foi :

« Le 15 mars, vous aurez le chois entre, d'une part, une liste qui veut élire à la tête de la commune la déléguée locale de LFI ; d'autre part, une liste de dernière minute plus constituée pour nuire que pour construire ».
« Enfin notre liste,… Vous les connaissez, ils vivent avec vous au quotidien et vous ne les croisez pas seulement à la veille des élections ».

Des attaques politiciennes qui se veulent stigmatisantes et m'interrogent sur la qualification de ces propos sous l'angle de l'article L. 97 : « Ceux qui, à l'aide de fausses nouvelles, bruits calomnieux ou autres manœuvres frauduleuses, ont surpris ou détourné des suffrages, déterminé un ou plusieurs électeurs à s'abstenir de voter, sont punis d'un emprisonnement d'un an et d'une amende de 15 000 euros ».

Je ne parlerai pas des comptes Facebook calomnieux, (mal) déguisés sous une identité de citoyen⋅ne lambda.

Puis, après le dimanche, quelques bouches se délient. On y apprend des pressions. On y apprend une équipe qui fait tout pour que l'on soit identifiés extrême gauche/LFI : le meilleur moyen de nous faire perdre des voix au regard de l'actualité du moment.

On y apprend globalement que pour eux, la fin justifie les moyens. Mais avec quelles limites ?

Les conséquences

C'est à ce moment que j'ai questionné ma présence au conseil municipal. L'équipe de M. Lovisolo aurait fait une campagne propre et courtoise, je crois que je ne me serais pas posé la question. Mais à ce moment, deux questions surgissent :

  • Suis-je prêt à travailler dans cette ambiance au conseil municipal, à être confronté à des personnes qui sont constitutives du patriarcat et en ont les modes de fonctionnement et d'expression (à gros traits : hausser la voix et poser ses « couilles sur la table ») ?
  • Suis-je la meilleure personne pour tenir les limites et rappeler les contraintes démocratiques et les règles de fonctionnement au sein du conseil ?

Je connais la réponse de la première. Elle est négative. Je serais allé au conseil si nécessaire, et j'aurais fait de mon mieux, mais avec une certaine réticence.
Pour la deuxième, je l'ai mise entre les mains du collectif. Celui-ci a décidé que Julien Gautier, serait plus à même de tenir la position au sein du conseil. J'approuve cette décision. Julien est totalement légitime à ce poste et en a les compétences et la volonté nécessaire.

Alors oui, même M. Lovisolo regrette que j'ai démissionné :« ça aurait été plus simple ! » a-t-il dit à la sortie du conseil d'installation. On me dit qu'il n'est pas le seul. J'espère maintenant que vous en comprenez les raisons…

— Mathieu Clabaut